Interview du Freerider Alexis Righetti

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis un explorateur du XVème siècle frustré qui s'invente des difficultés en emportant son vélo en montagne, afin de la redécouvrir par un autre moyen. 

Depuis quand pratiques tu le vtt de montagne ?

Dur à dire… J'ai l'impression d'avoir toujours fait ça. Mes premières vraies sorties en autonomie sur des itinéraires de montagne normalement parcourus à pied, ça devait être à 16 ou 17 ans, dans le massif du Mercantour. J'avais alors un vélo en cadre acier, sans suspension arrière et mes gants de VTT consistaient en une paire de gants de laine coupés aux doigts pour en faire des mitaines. A l'époque, je partais en montagne à la journée avec moins d'un demi-litre d'eau… Et je rentrais épuisé. 

As-tu des rituels particuliers avant une sortie (chaussette gauche puis la droite…) ?

Absolument aucun ! Je suis extrêmement rationnel dans tout ce que je fais. Je n'ai pas de croyance, pas de rituel, pas de porte-bonheur, je ne suis adepte d'aucune activité ou conviction dite "alternative", je ne crois à aucun complot… Bref, la seule chose qui puisse être considérée comme un rituel au sens grammatical du terme est le fait que souvent, quand je pars rider, je mets du Glitch Mob dans la voiture. C'est un groupe d'électro de Los Angeles que j'adore. 

https://www.youtube.com/watch?v=WImWuxHbQCw

Comment prépares-tu une sortie type ?

La carte, c'est la base ! L'essentiel de mon travail se fait sur carte. J'ai une sorte de sixième sens dès que je vois des tracés topographiques, j'arrive à imaginer exactement comment est le terrain, dans les moindres détails. J'ai déjà joué à un jeu avec des amis : ils me montraient une zone des Pyrénées que je ne connaissais pas sur une carte, un lac par exemple et je leur décrivais comment était le terrain en vrai : végétation, cailloux etc… On vérifiait ensuite avec une photo sur Internet. En général, j'avais tout bon. A l'heure actuelle, d'autres outils sont de plus en plus utilisés : GPS, cartographie 3D… Mais je trouve que c'est un piège. D'abord parce qu'on ne se pose plus les bonnes questions. Et ensuite, en montagne, si je me fais prendre par la nuit et le froid et que je n'ai plus de batteries, j'ai toujours mon bout de papier, je saurai où je suis !  

Pour toi qu'est-ce qu’une journée idéale ?

J'ai plein de types de journées idéales ! Ça peut être une journée calme à la maison avec Fanny à jouer à des jeux de société, à faire du dessin ensemble, à… inutile que je décrive plus loin. Ça peut évidemment aussi être un bon gros ride en montagne dans un coin sauvage. Dans ce cas, l'idéal est une belle sortie d'automne, avec un soleil au ras de l'horizon qui donne l'impression de se coucher tout au long de la journée, et évidemment, avec un bon pote. Ce genre de sortie bien couillue mais que tu fais avec une facilité déconcertante, parce que tu as la caisse, tu es en confiance et ton coéquipier est aussi zen que toi. Tu n'as même plus besoin de parler avec lui pour prendre les décisions, tout se fait naturellement. Il y a une sorte de connexion triangulaire : ton coéquipier / la montagne / toi. Un bon exemple cette année est notre descente du Pic d'Aret, avec Dimitri. Il y avait tous les ingrédients que je viens d'évoquer. 

https://www.youtube.com/watch?v=KY3NSoB6ATY

Quel est la personne que tu idolâtres plus que tout (sport) ?

Je n'idolâtre personne et d'ailleurs, je n'aime pas être idolâtré non plus! Je reçois souvent des messages du genre "tu es mon modèle, je veux devenir comme toi", j'avoue que ça me met mal à l'aise. Mais si je devais citer un nom de personne qui m'impressionne, ce serait un des grands du ski extrême (de montagne, pas du ski freeride), comme Pierre Tardivel, qui a ouvert un grand nombre de voies engagées sans prendre la grosse tête et accessoirement sans se tuer puisqu'il a plus de 50 ans. Ou bien un alpiniste comme Ueli Steck, qui a fait des voies hallucinantes en solo (sans corde ni assurance). Mais lui, s'est déjà tué… 

https://www.youtube.com/watch?v=NfpYNr7es0Y

Est-ce qu’il t’est arrivé de te blesser lors de sortie ?

Quasiment jamais ! Une seule fois, il y a 4 ans, je me suis fracturé le pouce sur une mauvaise chute. Le secret pour ne pas se blesser est très simple : il faut toujours rouler en-dessous de son niveau. Je ne cherche jamais à "envoyer" comme on dit, je ne vais pas chercher le rouge, je n'improvise pas en descendant à balle. Et surtout, j'écoute ma peur. La plupart des gens pensent qu'un sportif de l'extrême arrive à vaincre sa peur. Je le vois à l'opposé : il faut savoir l'écouter. La peur a été créée par l'évolution pour t'avertir d'une situation dangereuse. Si ton cerveau t'envoie un warning, il a probablement ses raisons. Et en plus, si tu attaques une descente la peur au ventre, c'est là que tu tomberas. Car quand on a peut on hésite, et en vélo, quand on hésite on tombe. Bref, je ne ride une section que si je suis parfaitement zen et sûr de moi. 

quelques secondes avant que je me fracture le pouce

Quelques secondes avant que je me fracture le pouce

Quelles sont tes dernières news ?

Il y a eu pas mal de mouvements question sponsors dernièrement. Je tiens à préciser que je ne cours absolument pas après les sponsors ! Je n'ai déjà pas assez de temps pour faire ce que je veux, je ne vais pas passer mon temps libre à chercher à récupérer des colis de matos. La montagne et le vélo sont des loisirs pour moi, ils doivent le rester. Du coup, les sponsors avec qui j'ai signé récemment sont simplement venus me chercher. En 2019, j'ai donc signé un contrat avec la marque de vélo GT, qui m'a déjà envoyé mon nouveau bike, que j'ai testé semaine dernière et dont je suis déjà amoureux. J'ai signé aussi avec le magasin Chullanka, qui me fait toute la mécanique sur le vélo et m'approvisionne en partie sur les équipements montagne. Probikeshop reconduit également mon contrat d'ambassadeur pour 2019. Je suis aussi devenu ambassadeur de la marque Prism, spécialiste des sacs à dos de ride. Puis de la marque Nutrisens qui me fournit en vivres de course. J'avoue que j'achetais toujours des barres ou pâtes de fruit bas de gamme dans les supermarchés, pensant que c'étaient toutes les mêmes… Et bien je suis surpris de constater à quel point il y a une vraie différence ! Je découvre le plaisir de manger en montagne… 

Quels sont tes prochains projets ?

J'ai un projet de ride en Suisse. Mais je n'en dirai pas plus pour l'instant, c'est à l'état d'analyse. Et sinon, cet été, on a l'intention de partir avec Fanny dans le Caucase, pour un grand trip en autonomie très sauvage à presque 4000 m. Avec les vélos, évidemment ! Le problème là-bas, c'est surtout la géopolitique, puisque la Russie et la Géorgie sont en conflit et que les sommets qui nous intéressent sont sur la frontière, forcément… Nous sommes donc en train de chercher des infos quant aux autorisations, permis etc… D'ailleurs, si un des lecteurs y est allé récemment, qu'il me contacte en MP :)

Si tu devais retenir une anecdote sur toute ta carrière de rider, laquelle ?

Ce serait la fois où j'ai failli mourir avec deux potes, Dimitri Garnier et Sébastien Picand, il y a presque 10 ans… à seulement 1500 m d'altitude dans les préalpes ! C'était un hiver extrêmement rigoureux, et nous avons décidé d'aller faire un ride dans la neige le jour le plus froid de cet hiver. Il faisait -30°C en pleine journée, ça on le savait. Mais notre vraie erreur, ce fut d'avoir mal évalué les conditions de neige. On s'est piégés sur une arête avec de la neige qui s'enfonçait jusqu'à mi-cuisse (en portant les vélos évidemment). On ramait, on ramait, impossible de s'arrêter, il faisait trop froid, et le soleil allait bientôt se coucher. Rapidement, on a compris qu'on n'était plus en train de faire de la montagne mais qu'on était juste en train de tenter de survivre. On a hésité à abandonner les vélos, on a hésité à appeler les secours en montagne avant d'être piégés par la nuit. Mais finalement, Sébastien s'est mis à chanter à tue-tête de la variété française pourrie… en fait, il ne chantait pas, il hurlait ! Et ça lui a donné l'énergie suffisante pour continuer à faire la trace. On est finalement arrivé en bas à la frontale, couverts de glace. Sans Sébastien, on serait peut-être tombé en hypothermie et mort là-haut. Depuis, je fais attention à l'effet de groupe. Dès qu'on est plus de 2, on s'emballe les uns les autres.   

là où on a failli mourir, mais au début, quand ça allait encore bien. Seb qui nous a sauvé, à l'arrière-plan

Là où on a failli mourir, mais au début, quand ça allait encore bien. Seb qui nous a sauvé, à l'arrière-plan

 

Que peut-on te souhaiter pour l’année à venir ?

Ne pas tomber dans une crevasse en Suisse. Ne pas finir dans une prison russe dans le Caucase. Ne pas faire tomber mon vélo neuf d'une falaise. Ce sera déjà bien ! 

Et pour finir quel produit Brubeck affectionnes-tu particulièrement et pourquoi ?

En toute sincérité, tous les produits Brubeck que j'ai sont extrêmement qualitatifs ; ils ont chacun leur point fort. Je le dis vraiment parce que je le pense, sinon je répondrai à cette question par une phrase bateau. Néanmoins, si je devais en retenir un, le T shirt bike 3D a une texture géniale un peu en relief, j'adore le porter. Le mérinos a aussi été parfait pour skier. Cet hiver, je n'ai porté que ça plus une veste d'alpi, ça suffisait, même par basse température, tout en évacuant parfaitement la transpi. Un bon vêtement technique est un vêtement que tu oublies quand tu fais du sport. Et pour le coup, c'était vraiment ça !